Lors d’une vague de chaleur extrême atteignant 47,4 °C (117,3 °F) en plein soleil, les colonies de production saines et les ruchettes ont maintenu leur couvain autour de 35–36 °C. Les colonies plus faibles, sans couvain ou bourdonneuses ont présenté des variations de température bien plus importantes, tandis que les réserves de nectar frais ont peut-être aidé les colonies les plus fortes à amortir la chaleur.
Suivi des colonies pendant l’une des semaines les plus chaudes jamais enregistrées.
Chaque été semble apporter une nouvelle vague de chaleur record. Pour les apiculteurs, ces épisodes suscitent naturellement des inquiétudes. Les colonies d’abeilles mellifères peuvent-elles continuer à protéger leur couvain lorsque les températures dépassent largement 40 °C ? À partir de quel moment la chaleur devient-elle excessive, et devons-nous intervenir ?
Au cours de l’une des périodes les plus chaudes jamais enregistrées dans notre région, notre station météo a mesuré 47,4 °C (117,3 °F) en plein soleil près du rucher. Plutôt que de spéculer, nous avons décidé de laisser les capteurs raconter l’histoire.
Pendant toute la vague de chaleur, les capteurs BroodMinder ont surveillé en continu des colonies installées dans des ruches en bois, en polystyrène et en plastique. Certaines étaient de fortes colonies de production, d’autres de plus petites ruchettes, tandis que quelques-unes étaient faibles ou sans couvain. Ensemble, elles nous ont permis d’observer comment différentes colonies faisaient face à des conditions exceptionnelles dans la réalité, et non en laboratoire.
La vidéo suit l’événement au fur et à mesure de son déroulement. La première partie a été filmée le deuxième jour de la vague de chaleur, alors que les températures continuaient à grimper. Plusieurs jours plus tard, une fois les conditions revenues à la normale, nous sommes retournés au rucher pour examiner les données et discuter de ce que nous avions appris.
Le système de climatisation des abeilles
Les abeilles mellifères ont développé des mécanismes remarquables pour réguler la température de leur nid. Contrairement à nous, elles ne peuvent pas se réfugier à l’intérieur ni allumer un ventilateur. La colonie travaille donc collectivement pour maintenir le nid à couvain proche de sa température idéale de 35–36 °C (95–97 °F), quelles que soient les conditions extérieures.
Des milliers d’ouvrières participent à cet effort. Certaines ventilent la ruche en battant des ailes, tandis que d’autres collectent de l’eau, qui peut ensuite s’évaporer pour évacuer l’excès de chaleur. Ensemble, elles créent un système naturel de refroidissement incroyablement efficace.
Cela dit, ce refroidissement a un coût. Chaque abeille mobilisée pour ventiler ou collecter de l’eau est une abeille de moins disponible pour butiner. Lors de vagues de chaleur prolongées, le maintien du climat de la ruche représente une part importante de la charge de travail quotidienne de la colonie.
Apiculture par forte chaleur : les colonies saines gardent leur fraîcheur
Pendant toute la vague de chaleur, les capteurs BroodMinder ont enregistré en continu la température du couvain, tandis qu’une station météo mesurait les conditions ambiantes à proximité.
Le premier graphique regroupe quatre colonies de production saines. La courbe verte en pointillés indique la température extérieure, tandis que les lignes continues représentent les températures du couvain mesurées à l’intérieur des ruches. La zone grisée correspond à la Brood Zone™, la plage de température nécessaire au bon développement du couvain.
Le résultat est saisissant. Alors que la température extérieure suivait un cycle quotidien spectaculaire — approchant 47 °C chaque après-midi avant de redescendre pendant la nuit —, les températures du couvain variaient à peine. Les quatre colonies sont restées confortablement dans la Brood Zone, avec des fluctuations d’un peu plus d’un degré seulement.
C’est peut-être le résultat le plus rassurant de l’étude. Les colonies saines se sont révélées extraordinairement efficaces pour protéger leur couvain, malgré l’une des périodes les plus chaudes de l’été. La température extérieure variait de plus de 20 °C chaque jour, tandis que le nid à couvain restait remarquablement stable.
Quand la thermorégulation devient plus difficile
Toutes les colonies ne se sont pas comportées de la même manière. Le graphique suivant présente plusieurs colonies plus faibles, notamment des colonies sans couvain et des colonies bourdonneuses. Ici, la différence est immédiatement visible.
Au lieu de rester étroitement regroupées autour de la température idéale du couvain, ces colonies ont connu des fluctuations quotidiennes bien plus importantes. Elles étaient encore capables d’atténuer les conditions extérieures, mais clairement pas autant que les colonies de production les plus fortes.
Sans un grand nid à couvain nécessitant une régulation thermique précise — ou tout simplement sans assez d’ouvrières disponibles pour gérer le climat de la ruche —, la température interne devenait sensiblement plus variable. L’état et la population de la colonie semblent donc jouer un rôle important dans sa résilience pendant les périodes de chaleur extrême.
Les ruchettes ont elles aussi maintenu une température de couvain stable
Les ruchettes sont souvent considérées comme plus vulnérables pendant les périodes de chaleur extrême en raison de leur population plus réduite. Pourtant, dans cette étude, les ruchettes suivies ont bien maintenu la température du couvain.
Bien que leurs populations soient plus petites, les températures du couvain sont restées confortablement dans la Brood Zone pendant toute la vague de chaleur. Dans les conditions de cette étude, elles n’ont montré aucune difficulté particulière à maintenir la température du couvain malgré les conditions météorologiques exceptionnelles.
Ces résultats ne doivent pas être généralisés trop largement. Ils montrent néanmoins que la taille de la colonie ne détermine pas, à elle seule, la thermorégulation. Une ruchette saine peut maintenir un nid à couvain stable dans des conditions estivales exigeantes.
Le contexte compte
Toute observation de terrain s’inscrit dans un contexte. Cette vague de chaleur s’est produite immédiatement après la miellée de tilleul, alors que les colonies de production portaient des hausses largement remplies de nectar frais.
Ce détail est important, car le nectar fraîchement récolté contient une quantité significative d’eau. En plus d’apporter de l’inertie thermique, il constitue également une source d’eau immédiatement disponible pour le refroidissement par évaporation à l’intérieur de la ruche. Les colonies ont donc peut-être eu moins besoin de collecter de l’eau à l’extérieur qu’elles ne l’auraient fait plus tard dans la saison.
Pour cette raison, ces observations ne doivent pas être automatiquement extrapolées à des colonies de fin d’été transportant du miel entièrement mûr ou traversant une période de disette. L’un des points forts des études de terrain est qu’elles reflètent des conditions réelles, mais ces conditions doivent toujours être interprétées avec prudence.
Les apiculteurs doivent-ils s’inquiéter pendant une vague de chaleur ?
Dans l’ensemble, les résultats sont rassurants. Les colonies fortes et saines ont démontré une capacité impressionnante à réguler la température du couvain, même dans des conditions exceptionnellement difficiles. Les abeilles mellifères disposent de mécanismes sophistiqués de thermorégulation, et les données montrent à quel point ceux-ci peuvent protéger efficacement le couvain en développement.
Cela dit, l’étude souligne aussi l’importance de la force de la colonie. Les colonies plus faibles disposent de moins de ressources pour contrôler le climat et méritent donc une attention accrue pendant les périodes de chaleur extrême.
La conclusion la plus utile est peut-être que, dans les colonies saines que nous avons suivies, les abeilles elles-mêmes n’étaient pas nécessairement le maillon le plus faible du système. Le matériel de la ruche continuait toutefois à absorber une quantité considérable d’énergie solaire.
La question suivante : peut-on réduire la chaleur qui entre dans la ruche ?
En examinant les données, une autre observation s’est imposée. Même si les températures du couvain restaient stables, les toits des ruches absorbaient de grandes quantités d’énergie solaire tout au long de la journée. Si nous pouvions réduire cette chaleur avant qu’elle n’entre dans la ruche, nous pourrions peut-être diminuer l’effort de refroidissement demandé à la colonie.
Cette question est devenue le point de départ de l’article suivant de cette série. Nous avons testé une pratique méditerranéenne vieille de plusieurs siècles — le badigeonnage à la chaux des toits de ruches — et mesuré précisément la différence obtenue.
Explorez les données de la vague de chaleur
La vidéo raconte l’histoire, tandis que le tableau de bord BroodMinder vous permet d’examiner les mesures. Utilisez le tableau de bord interactif ci-dessous pour explorer les températures du couvain, les conditions météorologiques et la productivité des colonies pendant toute la vague de chaleur.
Ouvrir le tableau de bord interactif dans un nouvel onglet
Points clés
- Les colonies de production saines ont maintenu la température du couvain autour de 35–36 °C, même lorsque la station météo a atteint 47,4 °C en plein soleil.
- Le nid à couvain est resté remarquablement stable malgré des variations quotidiennes de température ambiante supérieures à 20 °C.
- Les colonies plus faibles, sans couvain ou bourdonneuses ont suivi plus étroitement les conditions ambiantes.
- Dans les conditions de cette étude, les ruchettes saines ont elles aussi maintenu une température de couvain stable.
- Les réserves de nectar frais ont probablement contribué à l’amortissement thermique et au refroidissement par évaporation, et doivent être prises en compte lors de l’interprétation des résultats.
Découvrez ce qui se passe à l’intérieur de vos ruches
Le BroodMinder-T2 enregistre la température interne de la ruche afin que vous puissiez suivre le développement du couvain, repérer les variations inhabituelles de température et comparer le comportement des colonies sans ouvrir la ruche.
Série BroodMinder sur l’apiculture estivale
Cet article fait partie de la Série BroodMinder sur l’apiculture estivale, dans laquelle nous utilisons des données réelles issues de capteurs pour comprendre comment les colonies d’abeilles mellifères réagissent aux fortes chaleurs estivales et évaluer des solutions pratiques fondées sur des données afin de réduire le stress thermique.
- Quand les températures atteignent 47 °C : comment les colonies d’abeilles mellifères font-elles face ? (cet article)
- Badigeonnage à la chaux des toits de ruches : restent-ils vraiment plus frais ?
- Quel matériau de ruche reste le plus frais au soleil ? (à venir)
Chaque ruche compte.
L’équipe BroodMinder